La violence internationale : un changement de paradigme

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       L’expression ? violence internationale ? peut recouvrir bien des significations. En limitant notre ?tude ? la violence entre les nations, entre entit?s politiques, peut-?tre faut-il d’abord s’interroger sur l’Etat et la violence qu’il met en ?uvre – c’est, pour certains auteurs, l’une de ses caract?ristiques - puis voir les implications de cela au plan international. Historiquement, violence l?gitime ; aujourd’hui l?gitime d?fense ou l?gitime violence Lorsque l’on parle de violence de l’Etat, les ?crits de Max Weber (sociologue, politiste, ?conomiste allemand fin du XIXe d?but XXe) ne sont jamais loin. Et, au travers de la d?finition de l’Etat donn? par Max Weber dans ? Le savant et le politique ?, la notion de violence et plus particuli?rement de la violence l?gitime apparait comme point central. En effet, pour Weber, ? L’?tat est cette communaut? humaine, qui ? l’int?rieur d’un territoire d?termin? (...) revendique pour elle-m?me et parvient ? imposer le monopole de la violence physique l?gitime ?2. Une pr?cision d’embl?e, Max Weber ?voque, dans sa d?finition, la ? violence l?gitime ?. Il s’agit pour lui de donner une d?finition sociologique en d?crivant l’Etat tel qu’il le per?oit et l’analyse, non pas comme il le souhaite, non pas comme il devrait ?tre selon lui. C’est donc bien une d?finition du pouvoir de l’Etat et non pas une justification de la violence que celui-ci met en ?uvre envers le peuple ou, pourquoi pas, d’autres entit?s. Car pr?cis?ment, Weber le d?finit comme cela ? son ?poque, l’Etat dispose de ce moyen sp?cifique et en dispose seul. Il dispose du monopole de cette violence l?gitime, les autres entit?s ou groupements politiques ou autres n’en disposent pas ou plus exactement n’en disposent plus (arm?es, ?glises, villes, fiefs, etc.). Bien entendu, il conviendrait de d?battre sur les termes de la d?finition comme les mots ? violence ? ou ? l?gitime ?. Quelques mots simplement avant d’utiliser cette d?finition dans le cadre de notre sujet ? la violence internationale ?. Sur le mot ? l?gitime ?, cela renvoie sans doute au fait que, sur le territoire de l’Etat, une majorit? de la population accepte l’Etat comme ?tant celui qui doit trancher les conflits en derni?re instance et faire respecter sa d?cision. On peut d?battre de cette notion de l?gitimit? mais elle renvoie au fait majoritaire et donc, dans l’Etat dit ? moderne ?, cela renvoie ? la notion de souverainet? avec une reconnaissance factuelle du bien-fond? du pouvoir ? un instant pr?cis. Inutile de prolonger cette digression qui n’a que peu d’int?r?t par rapport ? notre sujet du jour. En revanche, la notion de violence est au c?ur de notre r?flexion d’aujourd’hui. Le terme de ? violence ? utilis? dans les traductions de la d?finition de l’Etat selon Weber est parfois critiqu?. Il est question, dans des traductions plus ?labor?es, mais peu utilis?es, non pas de ? violence ? mais de ? contrainte ?, qui est elle-m?me d?finie comme ? moyen de garantir le droit ?. Rappelons ici Jean- Jacques ROUSSEAU qui ?crit en 1762 dans ? Du contrat social ? : ? le plus fort n’est jamais assez fort pour ?tre toujours le ma?tre, s’il ne transforme sa force en droit et l’ob?issance en devoir (...) force ne fait pas droit, et qu’on n’est oblig? d’ob?ir qu’aux puissances l?gitimes ?. Nous voyons la notion de droit apparaitre et donc, pour notre sujet relatif ? la violence internationale, peut-?tre faut-il se pencher sur le droit international. Le droit international public fait r?f?rence ? la violence dans des cas tr?s particuliers : il s’agit principalement de la question des vices de consentement pour un Etat au m?me titre que le dol ou l’erreur. C’est une question tr?s technique qui concerne l’utilisation de la contrainte pour faire pression sur un Etat ou sur un de ses repr?sentants, par exemple lors d’une n?gociation afin de le faire accepter un accord ou signer un trait? international. C’est tr?s particulier, et cela reste assez marginal. En revanche, lorsqu’on ?voque la violence dans les relations entre Etats en droit international, on utilise la notion de recours ? la force. Et, comme dans la plupart des cas en droit, si le principe est clair, il appelle n?anmoins bon nombre d’exceptions plus difficiles ? cerner. Peut-?tre faut-il tout d’abord pr?ciser que le droit international est le droit qui r?git les rapports entre les Etats et entre les Etats et les organisations internationales. Ainsi, sauf rares exceptions, ce droit ne concerne pas directement les personnes physiques ou les autres personnes morales. Bref, et pour simplifier, c’est un droit qui r?git les relations inter?tatiques. Si l’Etat dispose du monopole de la violence l?gitime ? l’int?rieur de ses fronti?res, au plan international, la situation a beaucoup ?volu?. L’article 2 ? 3 de la Charte des Nations Unies pr?cise que ? les Membres de l’Organisation r?glent leur diff?rends internationaux par des moyens pacifiques de telle mani?re que la paix et la s?curit? internationales ainsi que la justice ne soient pas mises en danger ?. Le paragraphe 4 pr?cise ensuite que ? les membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir ? la menace ou ? l’emploi de la force, soit contre l’int?grit? territoriale ou l’ind?pendance politique de tout Etat, soit de toute autre mani?re incompatible avec les buts des Nations Unies ?. Sur cet article, quelques remarques rapidement. Il fait r?f?rence aux Etats, qui, par le pass?, utilisaient fr?quemment la force comme moyen de r?glement des diff?rends (avant 1945), et qui doivent d?sormais s’abstenir de le faire. Force est de constater que cet article n’a pas ?t? toujours respect? ? la lettre... Mais pour revenir ? notre sujet sur la violence internationale, on voit les efforts faits sur un plan normatif, mais ?galement sur un plan plus concret, afin d’?viter l’utilisation de la force et les exemples sont nombreux m?me s’ils n’ont pas forc?ment ?t? suivis d’effets positifs et que trop de conflits ont ?t? enregistr?s. Faut-il y voir une faiblesse du syst?me des Nations Unies, c’est sans doute l’une des critiques les plus r?pandues ? propos de l’organisation que Charles de Gaulle le 10 septembre 1960 ? Nantes ? propos du conflit au Congo a ?voqu? comme ? Le machin qu'on appelle l'ONU ?. La principale faiblesse provient sans doute du m?canisme pr?vu au Chapitre VII de la Charte qui pr?voit que l’Organisation peut elle-m?me d?cider de recourir ? la force en cas de menace ou de rupture de la paix (article 42) mais surtout de l’article 51 : ? Aucune disposition de la pr?sente Charte ne porte atteinte au droit naturel de l?gitime d?fense, individuelle ou collective, dans le cas o? un Membre des Nations Unies est l’objet d’une agression arm?e, jusqu’? ce que le Conseil de s?curit? ait pris les mesures n?cessaires pour maintenir la paix et la s?curit? internationales... ?. On le voit bien, l’usage de la force est interdit sauf... nous y reviendrons... Mais les donn?es actuelles ne sont plus tout ? fait celles de 1945 et de la Charte des Nations Unies. Qu’est-ce qui a donc chang? ? Si la violence est toujours l?, ce sont acteurs et les caract?ristiques de cette violence internationale qui ont chang?. La situation internationale au sortir de la guerre a ?t? caract?ris?e par la confrontation des blocs Est-Ouest, la guerre froide, avec sa cons?quence, les conflits p?riph?riques : pas d’affrontement direct entre les Grands. Mais ces conflits ont g?n?r? l’apparition ? grande ?chelle d’un ph?nom?ne existant, le terrorisme international. Une nouvelle ?re de violence internationale. La nature des conflits et de la violence internationale a connu une v?ritable transformation depuis la cr?ation de l’ONU, il y a maintenant 76 ans. Marqu?e par le ph?nom?ne de la d?colonisation dans les ann?es qui ont suivi 1945 jusque dans les ann?es 60, cette p?riode a connu des conflits moins meurtriers mais souvent plus longs avec de nouvelles (formes de) violences internationales. Il s’agissait souvent de conflits p?riph?riques avec l’ombre des Grands (USA et URSS) qui planaient en permanence. Ces ? guerres de lib?ration ? pr?sentent des caract?ristiques particuli?res. Elles se sont d?roul?es au sein d’un Etat pr?existant (entit? autonome –Indes britanniques ou encore Vietnam fran?ais - ou partie d’un Etat souverain – Vietnam du Sud ou Alg?rie - France). Ces guerres ont d’abord ?t? consid?r?es juridiquement comme des guerres civiles puis en 1960, avec l’arriv?e d’une ? majorit? africaine ? (majorit? de pays africains au sein de l’AG des Nations Unies en 1960 ? ann?e africaine ?) comme des guerres l?gitimes de lib?ration et donc consid?r?es comme licites. Un rapport de hautes personnalit?s rendu ? l’ONU en 2004 intitul? ? Un monde plus s?r, notre affaire ? tous ? qui pr?cisait que ? aujourd’hui, et pendant les d?cennies ? venir, le monde doit s’occuper de six types de menaces, ? savoir : • - La guerre entre les Etats ; • - La violence ? l’int?rieur des Etats (guerres civiles, violations massives des droits de l’homme, g?nocide, etc.) ; • - La pauvret?, les maladies infectieuses, la d?gradation de l’environnement ; • - Les armes nucl?aires, radiologiques, chimiques et biologiques ; • - Le terrorisme ; • - La criminalit? transnationale organis?e. ?3 • Dans un rapport de l’ancien Secr?taire g?n?ral Kofi Annan intitul? ? Dans une libert? plus grande : d?veloppement, s?curit? et droits de l’homme pour tous ?, celui-ci pr?cisait que ? tous ces ph?nom?nes sont meurtriers ou peuvent compromettre la survie. Ils peuvent tous saper les fondements de l’?tat en tant qu’?l?ment de base du syst?me international ?4. Parmi celles-ci, les nouvelles violences internationales depuis 1945 sont, en les classant chronologiquement par ordre d’apparition : • - Le terrorisme : du politique au religieux et au mafieux • - Les violences et guerres asym?triques : ex Al Qaeda (Afghanistan) – Syrie - Sahel • - Les violences technologiques, environnementales, sanitaires. Sur la criminalit? transnationale organis?e, elle sort quelque peu de notre sujet et n’est finalement pas si r?cente avec les ph?nom?nes mafieux. Le terrorisme Loin de moi l’id?e de dire que le terrorisme n’existait pas avant 1945, 1969 ou 2001. Il existait sous des formes diff?rentes comme le terrorisme d’Etat, il existait surtout sous la forme d’un terrorisme politique tr?s cibl? ou d’un terrorisme d’Etat ou para?tatique. Quelques exemples europ?ens : deux pr?sidents fran?ais Sadi Carnot par un anarchiste italien Caserio et Paul Doumer par un anti bolch?vique Gorgulov ; Jean Jaur?s par un nationaliste fran?ais Villain ; Louis Barthou par un r?volutionnaire bulgare qui souhaite assassiner le roi Alexandre 1er de Yougoslavie ; assassinat de l’Archiduc Fran?ois-Ferdinand par un nationaliste serbe de Bosnie Gavrilo Princip ? Sarajevo, ce qui conduira ? la d?claration de guerre de l’Empire Austro-Hongrois ? la Serbie. On pourrait citer l’assassinat de L?on Trotsky ? Mexico sur ordre de Staline, Pancho Villa par le d?put? Barraza ou encore, pour ne pas prendre trop de temps ou susciter des r?flexions hors du sujet qui nous occupe, ne retenons que ces attentats d’avant 1945. Sur le terrorisme d’Etat, citons par exemple le nazisme, les bombardements de Dresde, la p?riode stalinienne de l’URSS et pourquoi pas la r?volution culturelle en Chine. Des attentats mentionn?s pr?c?demment, aux motivations politiques, aux attentats des ann?es 70 en Europe essentiellement, c’est un terrorisme international rev?tant de nouvelles formes qui est apparu avec les premiers d?tournements d’avion et les premi?res prises d’otages. Ces actes ont pu ?tre consid?r?s par certains comme de la ? communication politique ? visant ? donner un retentissement mondial ? des questions qui ?taient fr?quemment pass?es sous silence ou n?glig?es selon les terroristes (JO de Munich en 1972 par exemple avec la question de la Palestine) ; conduisant souvent ? une solution relativement rapide et, quoiqu’avec des victimes, souvent sans bain de sang. Le mod?le du terrorisme international est n? en transformant les actions d’assassinat cibl? de responsables en attaques de style militaires avec la volont? de semer la terreur. Je ne parle pas ici du terrorisme politique intra-europ?en qui est rest? anecdotique malgr? quelques actions d’?clat. Je parle en particulier du terrorisme radical islamiste qui a frapp? partout en Europe ? partir de quelques pays du Moyen-Orient ou d’Afrique (Alg?rie, Maroc et Libye essentiellement). Ce faisant, les groupes terroristes fondamentalistes ont d?velopp? un r?el savoir-faire dans ce domaine, qui a abouti ? l’attentat du World Trade Center le 11 septembre 2001. Cet attentat va marquer une deuxi?me p?riode dans l’?volution de la violence internationale. Nous avions donc des conflits arm?s ? traditionnels ?, des ? guerres de lib?ration ? ? la d?colonisation, des prises d’otages et des d?tournements d’avion puis en quelque sorte une r?cup?ration de ces techniques pour des attentats dits ? aveugles ?, ceux qui s?ment la terreur de mani?re indiscrimin?e ayant pour but de cr?er un sentiment permanent d’angoisse. Rappelons que l’entreprise terroriste a pour but initial de faire que la population soit terroris?e et, en fin de compte, se retourne vers son gouvernement pour lui demander d’infl?chir sa politique, c’est-?-dire de c?der aux revendications des terroristes. C’est vrai du terrorisme politique des ann?es 70, c’est encore vrai pour les attentats actuels. Les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis sont souvent per?us comme une vengeance de la part de Ben Laden, c’est vrai, mais c’est ?galement une action qui signifie ? le peuple am?ricain n’est pas ? l’abri, et ne sera plus ? l’abri d’une telle attaque sauf si son gouvernement change de politique ?. Concernant ces attentats du 11 septembre 2001, ils constituent un s?isme pour les Etats-Unis, pour la premi?re fois frapp?s de fa?on violente sur leur sol (mis ? part un attentat dans les parkings du WTC en 1993 mais sans trop de d?g?ts). Bien-s?r les USA connaissent le terrorisme, ce terrorisme int?rieur perp?tr? par des ? supr?matistes ? ou nationalistes ; bien-s?r ils connaissent les attentats contre leurs ambassades au Kenya ou en Tanzanie (en 1998) du m?me Ben Laden ; mais un attentat d’une ampleur in?gal?e sur le sol des Etats-Unis, commandit? de l’?tranger, c’est simplement impossible. Une nouvelle p?riode s’ouvre, celle des guerres asym?triques Cette nouvelle p?riode, c’est toujours celle du conflit arm?. Rien de nouveau jusqu’ici, mais ce conflit arm? cache une guerre qui sera qualifi?e ult?rieurement de guerre asym?trique et qui n’avait pas de base ou de d?finition juridique car impossible au plan du droit international (conflit arm? = conflit entre Etats). La guerre asym?trique, ce n’est pas quelque chose de nouveau, c’est une guerre disproportionn?e comme lors des luttes d’ind?pendance ou encore lors de gu?rillas au sein d’un Etat. Pourtant, avec l’attentat du 11 septembre, c’est une nouveaut? qui apparait au plan international. Retour en arri?re : la Charte des Nations Unies interdit le recours ? la force mais pr?voit certains cas dans lesquels ce recours est licite, notamment la l?gitime d?fense (c’est le ? sauf ? ?voqu? plus haut). Les USA sont attaqu?s sur leur sol depuis l’?tranger, c’est un acte terroriste. Mais lorsque l’on ne sait pas ce qu’est un acte de terrorisme international sur son sol, lorsqu’on manque de ? r?f?rences ? (la France et l’Europe ont connu cela depuis les ann?es 70 par exemple), on est face ? l’inconnu. En revanche, l’histoire des USA regorge d’exemples de conflit arm?s, alors dans l’urgence, et pour se rassurer et retrouver ses marques, le plus facile est de faire un parall?le avec un acte de guerre (un ? Pearl Harbour 2001 ?). Mais voil?, les autorit?s nord-am?ricaines rencontrent quelques difficult?s d’importance : qui est l’ennemi ? A quel Etat demander r?paration ? Contre quel Etat ?ventuellement exercer son droit de l?gitime d?fense (article 51) ? Il y a bien une assimilation de cet acte terroriste ? un acte militaire d’agression mais tout n’est pas simple ? appr?hender. Etant attaqu?s, les USA consid?rent qu’il s’agit d’une agression arm?e et par cons?quent utilisent l’article 51 de la Charte pour r?pondre. Ils reconstituent alors une ?quation qui s’enchaine, pour eux mais ?galement pour leurs alli?s, tr?s logiquement : Ben Laden = Al Qaeda = Talibans = Afghanistan et nous avons donc un Etat sur lequel exercer cette l?gitime d?fense. Apr?s avoir demand? en vain aux Talibans de livrer Ben Laden, les USA attaqueront l’Afghanistan ? partir du 7 octobre 2001. Rassur?s, les USA attaquent un Etat et pourchassent Al Qaeda. C’est ce qui s’est pass? en Afghanistan, et c’est ce qui se passera plus tard en Irak avec un d?but des op?rations le 20 mars 2003 avec, pour la premi?re fois, l’?vocation d’une menace – cette fois-ci de la part d’un Etat - qui conduit ? la mise en ?uvre du concept de ? l?gitime d?fense pr?ventive ? par les USA. Cela ?tant, ce conflit est, au d?but, un conflit arm? plus classique puisque s’exer?ant entre Etats ; il se transformera en guerre asym?trique plus tard. C’est le d?but de ces guerres asym?triques qui continueront en Syrie contre ISIS et qui se d?roule actuellement au Sahel contre le mouvement Al Qaeda au Maghreb Islamique. Ces conflits traduisent bien le changement de nature de la violence, en particulier de la violence l?gitime constat?e par Weber. Nous sommes ici au c?ur de la contestation du monopole de la violence l?gitime ? moderne ? d’un Etat de la part de groupes qui se veulent pr?cis?ment ?tablir une autre autorit? que celle des Etats. Ils ne renoncent pas, loin de l?, au monopole de la violence l?gitime mais, en souhaitant l’av?nement d’un califat r?gi par la charia, ils revendiquent ce monopole mais au b?n?fice non plus de l’Etat mais de la religion et donc des califes (ou autres ?mirs, ce qui n’a pas de sens religieux). Pour m?moire, les Talibans ont mis en place un Emirat entre 1996 et 2001, ils s’appr?tent vraisemblablement ? le r?tablir ; ISIS (Islamic State in Iraq and Syria) utilise le terme Etat quand son leader se proclamait Calife. En effet, ? beaucoup d’affrontements ne se d?roulent plus sur des champs de bataille identifiables ni d?limit?s. Ils interviennent au milieu des populations civiles, loin des enjeux effectifs des adversaires, dans les zones touristiques ou au milieu des villes. Ils opposent des parties dont certaines ne sont pas des ?tats, mais aspirent ? le devenir (Palestiniens, minorit?s de l’ex-Union sovi?tique, mouvements autonomistes ou ind?pendantistes, musulmans de Bosnie, Mac?doniens, Albanais du Kosovo, Kurdes de Turquie ou d’Irak, Tamouls de Ceylan, etc.) et dont d’autres n’aspirent m?me pas ? se constituer en ?tats, qu’il s’agisse de mouvements terroristes comme Al-Qa?da ou de mouvements altermondialistes ?5. La violence des guerres asym?triques est souvent li?e ? des actes terroristes, plus qu’? de r?elles actions ? militaires ?. Pour reprendre un texte des Nations Unies publi? ? l’occasion du 75?me anniversaire de l’Organisation : ? Les conflits restent le premier facteur du terrorisme : plus de 99 % de toutes les victimes du terrorisme trouvent la mort dans des pays expos?s ? un conflit violent ou ? des niveaux ?lev?s de terrorisme politique. La majorit? des attentats meurtriers ont lieu au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, en Afrique sub-saharienne, en Afghanistan, en Iraq, au Nig?ria, en Somalie et en Syrie, qui est le pays le plus touch? ?6. Pourtant, le nombre de victimes de luttes arm?es diminue ; on ?voque pr?s de 90000 victimes en 2017 en d?pit de l’augmentation du nombre de ces conflits ? cette p?riode (jamais autant de conflits depuis une trentaine d’ann?es). Ce nombre de victimes est ? comparer au demi-million de victimes d’homicides recens?s la m?me ann?e. Par ailleurs, les conflits se fragmentent, c’est directement la cons?quence de la nature asym?trique de ceux-ci. A titre d’exemple, pour ce qui ?tait au d?but une guerre civile en Syrie, le nombre de groupes anti-r?gime ?tait de huit. Au plus fort de ce conflit qui s’est internationalis? par la suite, des milliers de groupes ont ?t? d?nombr?s. La menace technologique Certes, des menaces technologiques ? classiques ? perdurent, certaines retrouvent r?guli?rement une actualit?, comme par exemple la menace nucl?aire avec l’Iran, la Cor?e du Nord ou m?me, sur un autre plan, les sous-marins nucl?aires qui seront livr?s par les USA et le Royaume-Uni ? l’Australie (AUKUS). Mais l’un des faits marquants de la p?riode r?cente, c’est l’utilisation de nouvelles technologies dans l’univers de la violence internationale et des conflits. Les progr?s technologiques permettent d?sormais par exemple l’utilisation de drones, des cyberattaques et en particulier le piratage de donn?es, qui font que la nature m?me des conflits s’en trouve modifi?e et la riposte est naturellement affaiblie. Ces violences internationales ne sont plus uniquement caract?ris?es par des actions arm?es, men?es par des Etats ou des groupes non ?tatiques politiques ou religieux, mais elles pr?sentent de nouvelles possibilit?s d’action. En soi, la menace technologique n’est pas une nouvelle forme de violence internationale, mais elle transforme la menace et par cons?quent la violence internationale qui est mise en ?uvre par des Etats ou des groupes non ?tatiques. L’intelligence artificielle, par exemple, renforce l’efficacit? et la pr?cision des attaques, quel qu’en soit le type, cyberattaque, biologique, ou plus simplement physique. Ces attaques sont devenues plus pr?cises (guidage laser des bombes dites intelligentes par exemple) mais ?galement plus difficilement identifiables (remonter aux sources de l’attaque devient extr?mement complexe). Si l’on rajoute que parfois l’attaque peut ?tre assimil?e ? un simple incident ou accident... Autre point d’importance, cette violence exerc?e via de nouvelles technologies et gr?ce ? l’intelligence artificielle permet de s’affranchir de toute morale car l’intervention humaine dans le processus de la violence se r?sume ? une d?cision, celle de mettre en jeu ces armes. Tout se fait de fa?on programm?e, loin du th??tre d’op?ration et pour un co?t relativement r?duit. Envoyer un drone militaris? d?truire un v?hicule ou une maison ? plusieurs milliers de kilom?tres et ne le faire que par ?cran interpos?, cela rel?ve quasiment du jeu vid?o pour les nouvelles g?n?rations. Si l’on rajoute que cette technologie est facilement accessible ? tout groupe arm? ou m?me ? tout individu, on comprend les dangers que peuvent faire courir ces nouvelles technologies. Un simple drone du commerce suffit ? d?truire un avion au d?collage en p?n?trant dans ses moteurs ; de l’uranium appauvri (accessible sur le dark web market) ajout? ? une petite charge explosive embarqu?e sur un drone pourrait faire l’effet d’une petite attaque radioactive en s’?crasant au centre d’une capitale par exemple. Et la menace est ?galement prise tr?s au s?rieux pour ce qui est des attaques biologiques qui pourraient d?truire personnes, animaux, culture et autres ressources – en particulier les r?serves d’eau - d’autant que les cyberattaques permettent de s’approprier toutes les donn?es n?cessaires ? cribler les objectifs ? viser. Les cyberattaques sont en effet ?galement au centre de toute l’attention des Etats, tous les types d’infrastructures ?tant cibles potentielles : recherche, d?fense, sant?, enseignement, centrales nucl?aires, barrages, h?pitaux ou encore trafic en mati?re d’?lections comme cela a d?j? ?t? ?voqu? aux USA par exemple. Inutile de parler ici de la violence des r?seaux sociaux, des ? deepfakes ?, ces ? fausses vid?os authentiques ?, aux campagnes de d?sinformation, de terreur ou aux campagnes de recrutement comme nous l’avons vu avec ISIS Daesh en Syrie-Irak ou encore pour du financement du terrorisme avec les crypto monnaies. Les violences climatiques, environnementales ou encore sanitaires. Le rapport des hautes personnalit?s de 2004 (cf. supra) ?voquait des menaces de nature climatiques, environnementales ou encore sanitaires ; la criminalit? transnationale organis?e faisait partie de ces menaces ?galement. Certains auteurs se sont empar?s de ces th?mes pour qualifier de ? violences internationales ? les actions (ou les inactions) d’Etats ou de groupes non ?tatiques dans ces domaines. Nous l’avons fait pour le terrorisme, les guerres asym?triques et la violence li?e ? la technologie. Alors pourquoi ne pas ?voquer les autres menaces dans nos violences ? Pourquoi ne pas ?voquer la violence de la crise sanitaire Covid19 ? Pourquoi ne pas ?voquer la violence climatique qui conduit ? des vagues de d?c?s ou des vagues migratoires d’une ampleur inconnue jusqu’ici ? Une r?ponse simple : notre postulat de d?part ?tait de parler de la violence internationale comme le ? recours ? la force ? et qui plus est, ? la force arm?e. Mais nous voyons d?j? qu’au-del? du recours ? la force arm?e, les Etats ou les groupes politiques ou religieux ont recours ? des moyens diff?rents, dont les effets peuvent ?tre plus d?vastateurs : imaginez qu’un Etat utilise une crise sanitaire type Covid19 pour paralyser l’?conomie mondiale et mettre ? genoux ses concurrents ? Imaginez qu’un pays soit d?vast? par la famine et la maladie et n’existe virtuellement plus en tant qu’Etat si ce n’est par son territoire ? Si l’on ajoute que les ressources de son sous-sol ne pourraient ?tre exploit?es sans l’aide d’autres Etats ? Imaginez qu’un Etat sans ressources soit oblig? d’accepter de recevoir dans son sous-sol ou sur son sol les d?chets (dangereux ou non) des Etats industrialis?s ? On voit bien, comme l’?crit Nick Butler, que certains (les fran?ais) ? ont raison de consid?rer les risques associ?s aux changements climatiques comme des questions non seulement li?es ? la politique ?nerg?tique et ? la protection de l’environnement, mais aussi comme des d?fis majeurs en mati?re de d?fense et de s?curit? ?7. Oui ce sont des menaces pour l’instant, oui ce sont sans nul doute des violences ? venir... En guise de conclusion, quel avenir ? En 1945, la mission premi?re de l’ONU ?tait de pr?server la paix internationale, favoriser les relations pacifiques entre ?tats, dans un monde tout juste sorti des atrocit?s de deux guerres mondiales. Un constat : le droit international sur la violence internationale de 1945 ne semble plus totalement adapt? aux circonstances et ? ces nouvelles formes de violence. Si notre monde parait plus s?r si l’on pense en termes de conflits arm?s, c’est sans doute que les menaces, ou leur nature, ont ?volu? et sont moins visibles qu’auparavant. Il est ?vident qu’il faut apporter des r?ponses novatrices aux menaces et aux violences qui en d?coulent. L’ONU ne semble pas en mesure de le faire en l’?tat actuel de ses comp?tences au sens juridiques. Elles ?taient ?tablies pour une sortie de guerre classique, elles ne le sont plus dans notre environnement actuel. La plupart des conflits actuels opposent des Etats et des groupes politiques ou religieux non ?tatiques. Le droit international et les Nations Unies doivent pouvoir jouer un r?le dans ce type de conflits dans la mesure o? ils r?sultent soit de la faillite d’un Etat en place (dictature, d?liquescence des institutions, corruption, etc.), soit de la volont? d’?tablir un ordre nouveau diff?rent, donc d’abattre un Etat qui repr?sente l’ennemi ? combattre. Or l’Etat est le sujet de droit international incontestable. L’id?e d’un nouveau ? droit international de la s?curit? et de la protection ? a ?t? ?voqu?e8 avec, en parall?le, l’?mergence du concept de ? protection humaine ? repris par le Secr?taire G?n?ral des Nations Unies Ban Ki-Moon en 20119. Mais nous nous ?loignons de notre sujet d’aujourd’hui... 1 Pierrick LE JEUNE, est ing?nieur de recherche ? l’Universit? de Bretagne Occidentale (Habilit? ? Diriger les Recherches) et chercheur associ? ? l’Institut des Relations Internationales et Strat?giques (Paris). Il est par ailleurs Pr?sident de l’Association pour la Coop?ration Internationale (ACI).2 Max Weber, Le savant et le politique, trad. de l'all. par Catherine Colliot-Th?l?ne, Paris, La D?couverte, 2003 3 https://www.un.org/french/secureworld/temp.html consult? en septembre 2021. 4 https://www.un.org/french/largerfreedom/toc.html consult? en septembre 2021. 5 Michaud Yves, ? Chapitre V. Nouvelle violence internationale, nouveaux concepts ?, dans : Yves Michaud ?d., La violence. Paris cedex 14, Presses Universitaires de France, ? Que sais-je ? ?, 2018, p. 53-65. URL : https://www.cairn.info/la-violence--9782130813538-page-53.htm consult? en septembre 2021.6 https://www.un.org/fr/un75/new-era-conflict-and-violence consult? en septembre 2021. 7 Nick Butler, ? Action on climate change is self-defence not altruism ?, Financial Times, 20 octobre 2015, URL : https://energyindemand.com/2015/10/24/action-on-climate-change-is-self-defence-not-altruism/ consult? en septembre 2021. 8 Ken Conca, An Unfinished Foundation: The United Nations and Global Environmental Governance (Oxford, Oxford University Press, 2015), p. 149 https://www.un.org/sg/en/content/sg/speeches/2011-02-02/cyril-foster-lecture-oxford-university-human- protection-and-21st consult? en septembre 2021.

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